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#LoiRenseignement et "Nothing to hide"

Le "Nothing to hide", est un argument que beaucoup ont déjà utilisé, parfois même sans savoir ce qu'il veut dire. Son origine n'est pas récente, mais on note une forte recrudescence de son emploi depuis la création de la toute nouvelle loi renseignement par le gouvernement de Manuel Valls (à ce propos, je ne peux que vous conseiller la lecture du long dossier, parfois un peu opaque mais passionnant, qui est consacré à cette dernière dans le numéro 5 de la revue d’Humanoïde).
Mais cet argument vaut-il vraiment quelque chose ? Et surtout quelle est, aujourd'hui, sa signification ?

Pour une grande majorité de citoyens occidentaux, l'une des missions essentielles de l’État est leur protection. Afin de rendre celle-ci plus efficace, l'un des impératifs semble être l'utilisation de la pléthore de nouveaux outils technologiques disponibles. Enfin tout du moins, nouveaux pour les têtes pensantes du gouvernement.
Cependant la société, qui auparavant ne se préoccupait pas, ou très peu, de la manière dont elle était protégée, commence à se poser des questions. Celles-ci s'accroissant au fur et à mesure des scandales (affaire Snowden en 2013) et des révélations (les écoutes des chefs d'états français par la NSA, dévoilées récemment par Libération et Wikileaks).
Cependant, même si de plus en plus de citoyens se demandent (légitimement) si la lutte contre le terrorisme n'est pas prétexte à une surveillance délibérément accrue, la majorité ne se préoccupe toujours pas de telles questions, et préfère utiliser l'argument "Nothing to hide" (en français, "je n'ai rien à cacher" ).
Celui-ci est avant tout une réponse à une question : celle de savoir jusqu'à quel point la vie privée peut devenir publique afin de répondre à des impératifs de sécurité.
Quelle quantité, et quelles informations sommes-nous prêts à échanger (voire à sacrifier) contre notre sécurité ? Cette question mérite d'être posée, et les réponses, d'être mûrement réfléchies.

Pour de nombreuses raisons, cet argument est à oublier. En voici quelques-une (en vrac) :

- Car tout le monde a des secrets, ou quelque chose à cacher. Les premiers à dire qu'ils n'en possèdent pas sont ceux qui en ont le plus.
- Car la vie privée est nécessaire à la stabilité de la société. Sans elle, ou lorsqu'elle devient publique, la société se retrouve au bord de l'effondrement.
- Car la loi étant en constante évolution, ce qu'il était légal de faire (par exemple sur internet) aujourd'hui peut ne plus l'être demain.

A celles-ci, on peut ajouter des critiques techniques à opposer aux partisans du "Nothing to hide". Par exemple, le fait qu'il soit impossible (ou tellement complexe que cela en devient impossible) à un citoyen d'avoir accès aux données le concernant, données qui peuvent parfois être erronées. De plus, les citoyens n'ont pas (et n'auront probablement jamais) l'occasion de savoir si offrir une partie plus ou moins importante de leur vie privée a permis d'obtenir une sécurité plus efficace et une meilleure protection. Pas très étonnant : la transparence fonctionne, encore et toujours, de manière uni-latérale.

Ce débat sur le "Nothing to hide", ou plus généralement sur la loi renseignement (qui vient d’ailleurs d'être validée définitivement, aujourd'hui, vendredi 24 juillet), est vaste et donc à poursuivre. Il est vraiment dommage que les premiers concernés par cette loi (ne nous voilons pas la face, jamais les dirigeants ne seront soumis à celle-ci), malgré les critiques acerbes qu'ils en ont faies, aussi bien sur les réseaux sociaux que lors de manifestations, n'aient pas été consultés, d'une manière ou d'une autre...

Source principale : L'apéro du Captain #209

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